Femmes détruites 13ème partie / L'aide psychothérapeutique

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La personne sous emprise n’est plus maître de ses pensées, elle est littéralement envahie par le psychisme de son partenaire et n’a plus d’espace mental à elle. Elle est comme paralysée, aucun changement ne peut se faire spontanément de l’intérieur ; il faut une aide extérieure pour mettre fin à l’emprise. C’est là le travail du psychothérapeute.

 

Une psychothérapie, ou quelle que soit la méthode choisie, devra permettre à la victime de se dégager de cette relation aliénante afin de retrouver son existence propre. Le travail sera long car les paroles de l’agresseur ont été intériorisées et continuent à s’opposer à un travail de libération. Lorsqu’une femme se présente angoissée, mutique, la tête vide, on ne peut se contenter de l’écouter silencieusement, il faut au contraire une écoute active. La meilleure façon de se protéger étant de comprendre.

 

Une psychothérapie d’une personne qui a été victime de violence dans son couple n’est pas aisée et est souvent ponctuée de ruptures. Il faut donc respecter son rythme. Il faut donner du temps à ces femmes pour changer leur grille de lecture, de façon a ce que ce qui leur paraissait normal ou banal devienne inadmissible. Lors de cette prise en charge, on assiste à de nombreux retours en arrière, il faut bien se garder de juger la situation. Il peut se faire qu’après une tentative de séparation le retour au domicile et la reprise de la relation entraînent une aggravation de la violence voir une mise en danger. Il est important de respecter certaines étapes.

 

Repérer la violence

La première étape consiste à faire admettre qu’il s’agit de violence. Il faut leur donner les moyens de décoder la violence psychologique qu’elles subissaient, et de repérer les comportements abusifs, leur permettre de reconnaître la violence comme une injustice afin de mobiliser leurs ressources.

 

Pour permettre à une personne de se dégager de l’emprise, il faut d’abord l’amener à comprendre comment elle a été piégée. On va analyser avec elle les procédés de violence indirecte utilisés contre elle. Ce n’est pas facile car le discours élaboré et argumenté de l’agresseur les masque généralement. Quand celui-ci se défend en accusant l’autre, la personne a la tentation de se justifier, ce qu’il ne faut pas faire face à un pervers narcissique car il utilisera tout ce qu’elle lui dira pour le retourner contre elle. Comme dans des ables mouvants, plus celle-ci se débat, plus elle s’enfonce.

 

Nommer la violence

Le thérapeute doit prendre position et dire clairement que ces agissements sont anormaux. Trop souvent, les thérapeutes se retranchent derrière une neutralité qui ressemble à de l’indifférence et qui frise parfois la non-assistance à personne en danger. Pour permettre à la victime de sortir de son blocage émotionnel, il ne doit pas nier la maltraitance mais la nommer.

 

Ce travail doit aider la victime à reconnaître ses émotions légitimes jusque là censurées, comme la colère, le désir de vengeance et aussi la honte et la culpabilité.

 

Déculpabiliser la victime

En général, le thérapeute cherche à rendre ses patients plus responsables de leur destin. Dans ce cas, le processus doit être inversé. Ces patientes, qui portent seules toute la culpabilité de l’échec du couple et de la violence, devront se déprendre de cette culpabilité.

Il faut donc expliquer à la victime que, si elle ne réagissait pas, c’était parce qu’elle était sous influence, lui faire comprendre que l’état d’impuissance dans lequel elle se trouve n’est pas pathologique, mais résulte d’un processus dont on peut comprendre les rouages tant au plan social que relationnel.

 

L’étape suivante consiste pour la patiente à parvenir à formuler que le comportement de son agresseur n’est pas acceptable. Elle doit lui faire porter la responsabilité de SES actes. C’est ainsi que certaines femmes comprennent que ce n’est pas leur comportement qui a provoqué la violence chez leur compagnon, mais sa souffrance à lui.

 

Renforcer le narcissisme

Après la séparation, les victimes, prenant conscience qu’elles ont été abusées et manipulées, présentent souvent un état dépressif lié à la perte de leurs illusions.

 

Il faut impérativement travailler sur l’estime de soi et sur la capacité d’autonomie afin de pouvoir sortir de l’inhibition et retrouver des ressources personnelles. Il faut se réapproprier son corps, recommencer à se maquiller, s’habiller, sortir….

 

Pour sortir d’une position de victime, il faut par un travail psychique, retrouver une bonne image de soi. Cela ne sera pas facile, mais réalisable avec beaucoup de volonté. Les humiliations laissent des traces qui ne s’effacent jamais, mais qui peuvent se surmonter en acceptant sa propre histoire.

 

Apprendre  à poser des limites

Il faudra ensuite, apprendre à la victime à pose des limites, à refuser une situation qui ne lui convient pas, afin de sortir de la confusion et protéger son intimité des intrusions extérieures. Quand la femme a fermement indiqué ses limites, le partenaire sent qu’il ne peut pas aller au-delà. Mais il faudra être vigilant car il essaiera à nouveau de les enfreindre.

 

Au cours d’une thérapie, on perçoit chez les femmes ce changement. Un jour, la parole est plus ferme, les gestes plus assurés. Elles racontent comment elles arrivent à ne pas céder. C’est le moment où elles sont capables d’être en colère devant un comportement aberrant. Leur colère n’est pas l’expression d’une panique, mais de la fermeté, celle-là même qui leur permettra de se défendre. Il importe d’être maître de son choix !

 

Dans les situations de violence, les femmes ne se posent pas les bonnes questions. En effet, on peut aimer quelqu’un et reconnaître que cette relation est destructrice.

 

Récupérer  une capacité critique

En analysant les comportements de son partenaire violent, la femme découvre que ceux-ci sont là pour masquer ses faiblesses à lui. Tout à coup, il ne correspondant plus à l’image idéale qu’il donnait. Il n’est pas tout-puissant !

 

L’emprise cesse quand la victime réalise que, si elle ne cède pas, l’autre n’a aucun pouvoir.

 

Analyser l’histoire individuelle

Lorsque la femme a pris conscience de la réalité de la maltraitance et qu’elle commence à pose des limites, on peut aborder avec elles les points de sa biographie qui l’ont rendue vulnérable, mettant au jour la faille dans laquelle l’autre s’est engouffré (souvent la petite enfance).

 

On pourra voir en quoi elle a été complaisante, analyser avec elle la fascination qu’il y a à être victime.

 

Lutter contre la dépendance

L’emprise a installé une relation de dépendance, aussi, comme pour des toxicomanes, il va falloir tenir compte de l’état de « manque ».

 

Le travail du thérapeute est différent suivant que la femme est ou non dans la proximité du conjoint.

 

Les psychothérapies de couple

La psychothérapie de couple n’est absolument pas adaptée en cas de violence conjugale car elle part du principe que chacun des deux partenaires est coresponsable des problèmes du couple. Par conséquent, elle permet à l’homme de trouver des justifications à sa violence et cela risque de renforcer la culpabilité de la femme.

 

Elle peut être dangereuse pour la femme, car ce qui aura été dit durant la séance, risquera d’être utilisé par l’homme pour renforcer encore plus sa violence.

 

La vulnérabilité de la femme s’en trouvera accrue. Si la femme veut à tout prix maintenir le couple, si l’homme est réticent à reconnaître ses actes, une thérapie de couple ne pourra être envisagée que plus tard, lorsque les deux conjoints auront fait suffisamment de chemin séparés : elle pour refuser de tolérer l’intolérable, lui pour trouver d’autres issues à sa colère.

 

Le pardon

La seule voie de réparation efficace serait de demander pardon, d’éprouver un repentir sincère. Il est possible de pardonner, lorsque l’agresseur reconnaît ses actes et exprime des regrets.

 

Dans une relation égalitaire, en principe, celui qui a causé un tort à l’autre reconnaît son erreur, en assume la responsabilité et peut présenter des excuses.

 

Dans le cas des agressions perverses, cela n’existe pas car l’agresseur ne reconnaît jamais ses torts, aussi la victime doit faire le travail d’acceptation, seule.

 

 

Les femmes qui s’en sortent le mieux sont celles qui ont pu aller jusqu’au bout d’une démarque juridique. Or, quand il s’agit de violence psychologique, c’est impossible puisqu’il n’y a pas de traces, pas de preuves et que les victimes sont difficilement crues. Dans ce cas, le travail de reconstruction est plus long, c’est comme si une brèche restait ouverte…..

 

Femmes sous emprise de MF Hirigoyen

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